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Au quotidien

Il était une fois…

Il était une fois !... un petit morceau de terre, qui à ses débuts mesurait 39,50 ares.  Il vient aujourd’hui vous raconter son histoire, une histoire qu’il trouve très belle.  La voici !

Je m’appelle La Manche, sans doute parce que je me situe non loin de la mer qui porte ce nom.  Avant la Révolution, je faisais partie de toute une série de petites pièces de terre portant chacune un nom.

J’ai appartenu à Monsieur François Buisson de la Vigne jusqu’en 1804.  Un jour, je ne sais pour quelle raison, il décida de vendre une portion de son domaine « des Chênes » dont je faisais partie.  Il la vendit à son fermier qui l’exploitait depuis longtemps.  Ce fermier s’appelait François Lemarié.

Au fil du temps, le nouveau propriétaire, par des achats, des ventes, des échanges de terrains, par le travail et mes épargnes, fit de moi « un grand champ à moissonner ».  La Métairie des Chênes ainsi construite comprenait : une maison d’habitation spacieuse et bien conçue avec terrains, dépendances pour les animaux de la ferme.

En 1826, Henri Lemarié, fils unique de François, par voie d’héritage, devint propriétaire de la Métairie.  C’était un homme courageux, modeste dans ses goûts; son seul luxe était la bienfaisance.  Et les mendiants de l’époque étaient nombreux à frapper à sa porte.  Il les accueillait, et après un bon réconfort, ils emportaient du pain, des légumes et même du cidre; de plus, ses champs étaient ouverts pour y travailler.

Célibataire, il se demandait qui s’occuperait de ses pauvres après sa mort…

Que deviendrait la Métairie ?  Il avait entendu parler d’une demoiselle Fristel, de ce qu’elle faisait à Paramé…

Alors, cet homme de bien, au cœur généreux, mais de santé fragile, pressentant sa mort prochaine, décida de faire son testament.  Il le fit en 1844.

Après sa mort, survenue le 25 juin 1846, ce testament fut ouvert… Quelle surprise pour tous !  Quelle merveilleuse réponse du Seigneur aux aspirations profondes d’Amélie Fristel qui disait : « Ah, si j’avais un grand jardin afin que les pauvres vieillards puissent le cultiver et s’y promener… »

Mademoiselle Amélie Fristel avait depuis longtemps choisi le célibat pour être libre de se consacrer toute entière aux petits, aux faibles, aux vieillards sans abri et sans ressources de sa paroisse de Paramé.  Mais était freinée dans ses désirs par l’exiguïté de sa maison…

Au quotidien

Il était une fois...
Keriadenn, un rêve... devenu réalité !
Rencontre de communauté inter-congrégations

Et voilà maintenant Amélie en possession d’une demeure, d’un terrain…

De nouveau, je change de propriétaire, mais quel changement !...

Je me souviens du 24 décembre 1846, où Amélie accueille sa première protégé : Melle Guillemette Huet, couturière, âgée de 77 ans; et le 26 décembre, ce fut François Parcouet, poitrinaire de moins de 40 ans.

Me croirez-vous ? … en 1847, il y avait 21 personnes à loger et à nourrir.

Aussi je fus très heureuse lorsqu’en 1854, Monsieur Fresil terminait le bail contracté avec Monsieur Lemarié et que Mademoiselle Amélie avait voulu respecter jusqu’au bout.  Je pouvais alors m’agrandir pour aider à la vie, non seulement des vieillards de l’Asile des Chênes, mais aussi à celle des religieuses que je vis un jour apparaître.  Car en 1853, Melle Amélie fondait une congrégation dont le but était d’être au service de toutes les pauvretés.  Et trois ans plus tard, en 1855, l’évêque de Rennes demanda avec insistance la direction des « Petites écoles » en difficultés dans les zones rurales.

Moi, La Manche, « grand champ à moissonner », j’étais fière !

Au début, des coins de blé noir aux douces senteurs, puis des blés d’or aux mois de mai/juin, la brise matinale faisant onduler chaque épi.  Et ces beaux pommiers aux boutons roses et blancs prometteurs de beaux fruits qui n’attendaient que l’automne pour donner du bon cidre !  C’étaient aussi les cultures : betteraves pour les vaches, pommes de terre, etc. … Mes murs eux-mêmes étaient tapissés de poiriers, de framboisiers !  Ah !  Comme nous sommes loin des haies qui m’ont entourée jusqu’en 1864; ce n’était guère favorable au silence et au recueillement des religieuses, de plus en plus nombreuses.  Il faudra toute l’énergie de Sœur Alexandre pour finir la clôture en 1881.  En 1888, un cimetière est pris dans l’enclos de La Manche.

D’anciens agriculteurs, toujours heureux de continuer un peu ce qu’ils avaient fait toute leur vie, entretenaient une plate-bande de légumes; haricots, salades.  On utilisait tous les coins.  Jusqu’au milieu du 20ème siècle, ma terre était labourée à la charrue que tiraient deux gros chevaux; les deux derniers s’appelaient Corbeau et Chéri; ils étaient noirs et forts.  Suivant l’évolution, le lourd pas des chevaux fut remplacé par la mécanique.  C’était plus rapide, mais plus bruyant.

J’entendais parler de « transformation », de « constructions » pour les pièces voisines; la demeure des chevaux fut rasée et un superbe bâtiment la remplaça.  Nous étions en 1968; c’était une Maison de retraite pouvant désormais regrouper toutes les personnes âgées accueillies dans de belles chambres.

Comme Amélie Fristel et Henri Lemarié devaient se réjouir.

Ce n’était pas fini !

À leur tour, les vaches durent quitter leur coin.  Tous les animaux de la ferme se trouvaient ainsi regroupés près de moi.  Mais tout passe…  Le monde évolue… et les bâtiments bien aménagés changent complètement de destinations.

À l’aube du troisième millénaire, comme « Perrette et son pot au lait », j’ai du dire : « Adieu, veaux, vaches, cochons, couvées… »  Toute cette partie devint maison d’accueil pour des groupes, surtout des jeunes, qui veulent se ressourcer, non pas à mes pauvres et nombreuses sources, mais « aux sources de Dieu ! »

Et ce n’est pas tout !  Voilà que le potager lui aussi devint soumis à une nouvelle destination.  Fini les carrés de chrysanthèmes et de dahlias !  Fini les planches de légumes !  Sous peu, pour répondre au grand rêve d’Amélie; donner du bonheur par la beauté, j’ai vu naître un superbe jardin d’agrément.  À bien y penser cela pourrait bien devenir le Jardin d’Amélie; il faudrait que je puisse donner cette suggestion !!!

Et c’est arrivé, en 2003, 150 ans après la fondation de cette belle congrégation que j’affectionne particulièrement.

C’est magnifique !

C’est évident pour moi qu’Amélie se réjouit de voir ses filles poursuivre la mission qu’elle a commencée !

Quant à moi, La Manche, j’ai connu l’abandon, et des nuits de tristesse, je dois vous l’avouer !  Que c’est dur de se sentir disponible et en même temps inutile, intouchable…  Seulement quelques religieuses faisaient encore, parfois le tour de mes remparts en égrenant leur chapelet !

Mais voici, qu’à l’été 2009, un bruit court… des visiteurs sont là !  Ils échangent très sérieusement; j’entends : « un espace bien protégé… la mer à proximité… et en plus, une communauté religieuse tout à côté… serai-ce possible ?  Il nous faut en parler aux responsables ! … Allons-y ensemble ! »

Je m’inquiétais un peu à l’automne 2009, ne voyant plus revenir Mr Fanouillères, avec ses choux à planter…

Puis soudain, un réveil extraordinaire ! …

Au début de l’année 2010, le portail de la ferme s’ouvre à nouveau pour laisser s’introduire de puissantes machines qui me sillonnent; me voici perforée, remuée comme jamais je ne l’ai été.

Et pour cause…  On allait faire de moi un « Campus » avec au centre un immense « chapiteau ».  Une pelouse toute neuve lève timidement la tête, traversée par une route bitumée débouchant sur la rue « Henri-Lemarié ».  Une brèche s’ouvre dans mes remparts !  Quel travail.  Me voilà en trois mois, remise à neuf !

Et quelle nouveauté !

Le 7 mai 2010, beaucoup de monde sur le terrain et des tentes aux belles couleurs (on m’a dit 420) se dressent, bien alignées, avec une rapidité surprenante.  C’était fait par des habitués à ce genre de travail.  Organisation grandiose et splendide pour accueillir, le lendemain 8 mai, 1 500 personnes dont 1 300 jeunes, de la sixième à la troisième; tous invités (savez-vous par qui ?  Par Mgr d’Ornellas) à passer ici, 36 heures de bonheur.  Au moyen de chants et prières, échanges et discussions, rencontre personnelle avec le prêtre, collective avec un témoin; le tout couronné par une charité vivante… en finale, une eucharistie festive marque l’apothéose et les parents y étaient invités.

Étant le témoin unique et inégalé de tout ce qui s’est passé. Je crois pouvoir vous certifier qu’ils ont goûté vraiment à ce bonheur à en juger leurs cris de joie à la fin du séjour :

« Le bonheur c’est d’aimer »
Ce n’est là que le résumé de vos vies :
Henri Lemarié et Amélie Fristel ! N’est-ce pas ?

Et moi, La Manche, je suis heureuse de n’être que le support, le témoin de cette semence d’amour pour la vie qui commence et la vie qui finit.

Et moi, La Manche, je veux te dire : « Merci, mon Dieu »

Tu es le Bon Semeur, d’une semence impérissable porteuse de fruits connus de toi seul.  Tu as trouvé ici la bonne terre où germera ta Parole, et bientôt les oiseaux du ciel viendront y faire leurs nids pour y chanter ta gloire avec moi.

Merci mon Dieu, d’avoir créé un ciel nouveau et une terre nouvelle.

Signé : La Manche
Un beau jour de printemps 2010
A. A.

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